Salle de prière, retour sur le discours du maire – 16 mai 2014

Le maire de Mantes la Ville ne s’est pas présenté devant le notaire – le 15 mai 2014 – pour signer l’acte de vente de l’ancienne Trésorerie et bloque par conséquent le projet de réhabilitation de ce bâtiment en salle de prière pour les pratiquants de confession musulmane.

Quelque 200 personnes se sont rassemblées sur le parvis de la mairie le lendemain pour lui demander des explications. Il s’est présenté devant eux pour lire un discours présentant ses arguments et ses conditions quant à son refus du projet actuel à l’existence d’un tel lieu de culte sur notre commune.

Nous vous présentons ci-après les différents éléments de son discours et quelques questions auxquelles nous tenterons de répondre prochainement grâce à vos remarques et commentaires.

La géographie du site et ses contraintes

Le maire est convaincu que « le site choisi ne permet pas d’accueillir convenablement ce projet ». Ses convictions sont fondées sur les raisons suivantes :

  • La rue est déjà très fréquentée par les automobilistes
  • La rue est pentue, étroite, en mauvais état et très accidentogène
  • La présence de ce nouveau lieu de culte aggraverait la situation en matière de stationnement et de circulation
  • La présence de la salle de spectacle et du cimetière n’arrange rien

→ Que dit le rapport de la commission d’urbanisation qui a étudié et statué sur ce projet ?

→ Le planning d’utilisation d’un tel lieu de culte est-il incompatible avec celui de la salle J. Brel ?

→ La situation de la rue des merisiers décrite par la maire semble être catastrophique, compte-t-il arranger cette situation ?

Le maire rappelle que ces éléments ont été dénoncés lors de la mise en œuvre du projet, dans les conseils municipaux et lors de la campagne par l’opposition et par quelques-uns au sein même de la majorité.

→ Il s’agissait surtout d’un problème budgétaire et de priorité d’investissement ; l’immobilisation du montant prévu pour acheter le bâtiment ne pouvant donc pas être investi dans d’autres projets.

Le maire tient également l’hostilité des riverains comme une évidence : « Ces riverains étant bien sûr, eux aussi, très hostiles à ce projet »

→ Pouvons-nous prendre connaissance de la consultation des riverains qui permet au maire de tirer ce constat ?

Une opération politicienne et électoraliste

Le maire dénonce avec force, et c’est ce qui lui semble le plus grave, le fait que « ce projet de mosquée a caché et cache encore une opération purement politicienne et électoraliste ».

Il reproche un planning opportuniste, des circonstances obscures et soudaines quant à la création de l’association AMMS et l’éviction de El Fethe et la présence de colistiers de Mme Brochot parmi les membres de cette première association.

Évidemment la gestion de ce dossier par la précédente équipe est discutable notamment sur son opacité ou son timing et pourra faire l’objet d’un article à part entière.

→ Mais si une opération politicienne et électoraliste est une action contestable visant à inciter des électeurs à voter pour sa liste, comment qualifier le seul point de la campagne du Front National s’inscrivant dans le contexte mantevillois ; la promesse de ne pas faire aboutir ce projet de salle de prière ?

Etait-ce là une opération clientéliste ? Démagogique ? S’agit-il alors d’une faute moins grave aux yeux du maire ?

Les conditions du maire

Le maire est disposé à rencontrer “tous les acteurs de bonne volonté” pour trouver “une solution rapide et définitive”.

S’il se défend de vouloir choisir le représentant de la communauté musulmane, le maire indique tout de même que le président de l’AMMS n’est plus légitime dans ce rôle. Il l’accuse de ne pas avoir défendu les intérêts de la communauté musulmane mais les intérêts politiques de Mme Brochot, ce qui constitue à ses yeux une faute grave. Il souhaite discuter avec “un représentant plus digne et plus respectable de la communauté musulmane” (il cite le président d’El Fethe).

→ Quelle figure de style définit le fait de dire une chose et de faire son contraire ?

→ La relation entre les deux associations citées semble être conflictuelle. Sont-elles pour autant véritablement antinomiques ou doivent-elles être complémentaires ?

Le maire propose de reporter de quelques mois la destruction de l’actuelle salle de prière (rue Salengro) le temps de trouver une solution qui devra respecter certaines conditions :

  • « Ce projet devra recueillir l’approbation de la majorité des musulmans mais surtout de la grande majorité de tous les mantevillois. »

→ Comment le maire distingue-t-il une majorité d’une grande majorité ?

→ Comment compte-t-il valider ces « votations » ?

→ Au-delà de ces détails techniques, nous pouvons nous interroger sur la légitimité d’une telle demande qui ne s’inscrit pas dans le principe républicain de laïcité et notamment en termes d’égalité de traitement vis-à-vis des autres cultes.

  • « Ce projet devra avoir une dimension raisonnable. Il devra être situé dans un endroit qui ne gênera ni la circulation, ni le stationnement, ni les riverains et ne devra poser aucun problème en matière de sécurité. »

→ Comment ces éléments seront-ils décidés et évalués ?

Il invite enfin le président de l’AMMS à renoncer à ce projet ainsi qu’à toute procédure judiciaire indiquant qu’elle sera inutile et coûteuse en temps, en énergie et en argent (pour la communauté musulmane et éventuellement pour la commune) et rappelant que cela retardera d’autant la création de ce lieu de culte.

La porte ouverte laisse entrevoir une fin de non-recevoir

Les éléments de réponse apportés par le maire lors de son discours sont fondés sur un ressenti plutôt que sur des faits et sa décision s’appuie donc sur sa conviction et non sur une analyse. Les seuls éléments vérifiables qu’il oppose au projet sont contestables.

Dans le contexte politique des élections européennes aux enjeux très forts pour le Front National, il ne s’écarte pas de la ligne de son parti pour conforter sa base électorale. S’agissant aussi de sa seule promesse de campagne, il se doit de la tenir quels qu’en soient les impacts.

Alors que le ramadan arrive très prochainement, la prolongation de l’actuelle salle de prière est inéluctable. Mais cette situation ne pourra pas être étendue au-delà compte tenu de la vétusté du bâtiment qui accueille aujourd’hui la communauté musulmane.

En attendant de répondre aux questions ci-dessus, l’hypothèse que nous retenons est que cette décision prévisible et les conditions imposées sont un moyen de remettre aux calendes grecques un projet alternatif.

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